Bonjour chers amis, je prends la plume dans l'urgence, réveillé de ma torpeur pseudo-estivale par les commentaires angoissés du chroniqueur boursier de la radio que j'écoutais en sirotant mon café
: s'il n'a pas prononcé le mot fatidique de
krach boursier, on a pu entendre des termes comme dévissage, débâcle, panique... Je ne vous demande aucune
félicitation pour vous avoir prévenus il y a bientôt trois mois de ce qui est en train de se produire : tout le mérite en revient à
Jean-Phi, mon ami trader,
dont je n'aurai été que le modeste relais jusqu'à toi, cher lecteur. J'ai pu constater depuis
mon premier article consacré au krach de 2007, une hausse
progressive des visites en rapport avec ce thème. Hier jeudi, pas moins de 17 personnes ont visité la triperie à la recherche d'informations financières, et auront pu profiter des
conseils avisés d'un trader face à une débâcle boursière !
Aujourd'hui, je reviens vers lui, l'analyste lucide de Wall Street et du Palais Brognart, Jean-Phi, mon, que dis-je, mon ?
Votre conseiller éclairé... Je retranscris ici-même la
visioconférence que nous venons d'avoir. Jean-Phi était vêtu d'une peau de bête, portait sur le chef une tête de loup et tenait dans sa main un os de cerf de Sibérie.
Hector : Jean-Phi, merci d'avoir accepté cette nouvelle interview, à un moment où les médias commencent à annoncer la débâcle... Alors, y sommes-nous, à ce fameux krach ?
Jean-Phi : Mais non, Hector, c'est l'apéritif, les préliminaires, l'entrée en matière, la caresse bucco-génitale avant le grand coït. Je t'avais parlé de l'immobilier américain,
mais c'est une pécadille à côté de la situation en Asie !
Hector : Tu veux dire que l'injection d'argent frais par les banques centrales ne va pas permettre de rassurer le marché ?
Jean-Phi : l'injection d'argent frais ? Si tu savais le nombre de cyclistes à qui on a injecté du sang frais de taureau et qui n'ont pas fini la première étape de montagne pendant
le Tour de France ! Si tu étais à la Nouvelle-Orléans en 2005, dans un town ship au bord du lac, tu aurais été rassuré avec trois sacs de sable ? Laisse-moi rigoler, l'argent frais, on va se le
partager entre traders et on ira le boire à la santé des pauvres !
Hector : il n'y a donc aucun moyen de surmonter la crise l'immobilier américain ?
Jean-Phi : mais si, bien sûr que si, tout comme il est possible de guérir l'eczéma d'un cancéreux en phase terminale !
Hector : alors, que conseilles-tu au citoyen lambda face à cette situation ?
Jean-Phi : tout ce que j'ai déjà conseillé, je ne suis pas une institutrice pour arriérés mentaux, je ne vais pas répéter cent cinquante fois qu'il faut stocker du riz, des pâtes
et de l'eau potable dans son grenier. Tant pis pour les abrutis qui sont partis en vacances et qui trouveront les étalages vides à leur retour du Puy du Fou.
Hector : concrétement, toi, tu as vendu tous tes titres ?
Jean-Phi : évidemment, j'en ai quand même laissé un peu dans l'agro-alimentaire, c'est toujours rentable en période de disette, et je vendrai juste avant la proclamation de la
Grande Famine cet automne.
Hector : eh bien merci pour tes conseils Jean-Phi, je vois déjà toutes celles et ceux qui te prenaient pour une créature imaginaire issue de mon cerveau malade se ronger les
semelles.
Jean-Phi : qu'ils gardent leurs semelles, ils n'auront bientôt plus que ça à manger !
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